Memòria del cor
Homenatge a José Enrique Gargallo Gil

Michel(e) Contini & Elisabetta Carpitelli

Michel Contini

Mon cher Enrique,
Il fut un temps où tu n’étais pas encore avec nous, les dialectologues engagés dans les deux chantiers supranationaux :
ALE et ALiR. Tu n’y étais pas encore, mais on te connaissait déjà. Joan Veny nous parlait d’un de ses disciples, très jeune, doué et passionné de linguistique romane, qu’il comptait bien accueillir dans le comité catalan qu’il dirigeait et qui avait fait sécession de la structure unique pour l’Espagne dans le cadre de l’ALE. Il fallait attendre cependant que le disciple en question soit libéré de ses obligations militaires, ce qui finit par arriver. Nous l’attendions comme le printemps.
Joan Veny avait vu juste. Nous pouvions rapidement apprécier ses connaissances, ses centres d’intérêt, son dynamisme et son goût des autres. Le comité catalan en sortait renforcé et nous tous allions accueillir Enrique dans notre famille de l’ALiR.
En fouillant dans ma mémoire, je me souviens que tu manifestais déjà un grand intérêt pour l’univers culturel des temps passés, celui du monde paysan en particulier avec ses croyances, ses relations avec la nature, avec le temps qui passe, avec la vie, ce plus grand intérêt aussi pour les expressions ou les proverbes qui se rattachaient à cet univers : bref à ce qu’on appelle la
« culture populaire » dont témoignent les almanachs que l’on retrouvait dans toutes les maisons de campagne : je partageais totalement cette passion qui renvoyait à mon enfance insulaire.
Enfin, on voyait déjà poindre ton orientation future pour la géoparémiologie qui se concrétisera plus tard dans le projet ParemioRom dont tu as été l’initiateur. À titre personnel, je me souviens que depuis de longues années, le 29 septembre pour la fête de la Saint-Michel, Enrique me souhaite « bonne fête» en l’accompagnant de « refranes » fréquents dans toutes les variétés romanes. J’ai la chance d’avoir le prénom d’un Archange annonciateur de l’été de la Saint-Michel ou de la Saint-Martin (l’été indien).
Mon cher Enrique, je ne veux pas m’étendre ici sur tes connaissances et sur tes travaux connus et appréciés par notre communauté scientifique.
Je voudrais évoquer seulement quelques souvenirs de l’homme Enrique, heureux dans son univers familial, à côté de son épouse Carmen et de ses deux filles, encore des enfants quand je les ai connues, Emma et Aurora :

  • Je me souviens de plusieurs séjours professionnels et touristiques à Barcelone et de l’accueil que vous m’aviez réservé la première fois, dans votre maison. Vos deux gamines, très intimidées, m’avaient prêté leur chambre.
    Au matin, elles m’avaient demandé lequel de leurs deux lits j’avais choisi pour mon sommeil. J’ai dû faire une jalouse, mais sans rancoeur aucune et, à mon départ, j’ai eu droit à un petit dessin, souvenir de l’événement !
  • Je me souviens, toujours à Barcelone, d’une promenade dominicale, toute la famille réunie. On s’était arrêté dans un parc peuplé d’une ribambelle de gamins très excités, rejoints par les deux filles qui, apparemment, les
    connaissaient déjà…et par toi, Enrique. Et te voilà, ce géant que tu étais, avec ton mètre quatre-vingt-dix, bien habillé, comme une personne respectable, prendre part à leur j eu, n’hésitant pas à te coucher par terre, en agitant bras et jambes en l’air, suscitant le rire des gamins et l’étonnement des nombreuses mères présentes.
    Conclusion : Enrique aime les enfants, comme un papa-gâteau.
  • Je me souviens d’avoir reçu à mon tour, Enrique, Carmen et les deux filles à Grenoble et surtout dans notre appartement d’Autrans, dans le Vercors. Je sais que vous aviez apprécié ce village de montagne. De votre séjour restent des souvenirs que je garde toujours. Une tradition voulait que les membres de la famille, à des époques différentes, ou des amis de passage marquent sur les barreaux en bois de la rampe qui conduit à la mezzanine, un trait au crayon indiquant leur taille à côté de leurs noms et de la date. Les Gargallo ne furent pas une exception en écrivant tous ces renseignements … en écrivant avec un crayon vert. Vous ne serez pas
    étonnés que le nom d’Enrique figure au niveau le plus haut et celui d’Aurora au niveau le plus bas… mais pas tout à fait, car encore plus bas on remarque la taille de Pepe, le hamster compagnon de voyage d’Emma et
    Aurora qui n’atteint pas les 10 cm. Comment ne pas penser à vous chaque fois que je monte à Autrans ?
    Mais nos occasions de rencontre ont été depuis de longues années, nos colloques, congrès ou autres symposiums marquant l’avancement de nos chantiers dont je ne parlerai pas ici. Je voudrais en revanche dire n mot sur les soirées festives, succédant les journées de travail :
  • Je me souviens que l’on y dansait et on y chantait beaucoup et que nous découvrions tes qualités musicales. On voulait toujours entendre « Los labradoires », l’hymne rappelant le travail des paysans d’Aragon, avec ta voix de stentor, avec ton émotion visible. Et notre Gabriele, qui nous manque à présent d’interpréter des airs d’opéra aux aigus « pavarottiens »… « Nessun dorma… ». La contribution de la plupart d’entre nous était plus
    modeste. On osait « Bella ciao », peut-être, et se terminait toujours par « La polenta », une chanson de source paysanne, style colonie de vacances, qui allait devenir une sorte d’hymne final de nos journées. La prochaine fois, je proposerai qu’on le remplace par le « Coro a bocca chiusa » de Turandot, ne serait-ce que pour faire plaisir à Elisabetta « pucciniana ».
    Cher Enrique, mon petit frère catalan, après ces quelques souvenirs, je voudrais juste te dire juste la chance que j’ai eue de partager avec toi tant de moments heureux. Que la suite nous réserve encore des rencontres. Prends le temps de prendre le temps et qu’il avance tout doucement comme les jours du solstice d’hiver, à propos desquels un proverbe sarde
    affirme que : « a Santa Luchia unu passu e pia ».
    Et enfin, un grain de sagesse de l’ancêtre, moi : n’oublie pas de te joindre toujours aux jeux des mômes sans avoir honte de faire des cabrioles avec eux quand tu accompagneras tes petits enfants aux jardins publics (et merde aux conventions !).
    Ton Michel (Michele)

Elisabetta Carpitelli

Caro Enrique, caro amico conosciuto ormai 35 anni fa. Ti ricordi ? Eravamo in Corsica.
Tu, formato in filologia romanza alla meravigliosa scuola dei romanisti di Barcellona, il nostro caro Joan in testa, avevi finito il servizio militare. Io, dottore in linguistica italiana e in particolare in fonetica, ero appena arrivata a
Grenoble in post-dottorato per finire di formarmi con il nostro caro Michele (o Michel, come si vuole).
Era la nostra prima riunione dell’ALiR, in un mondo magico come quello che i Dalbera erano riusciti a creare per questo convegno, il primo anche per loro nella loro bellissima isola che, almeno io, vedevo per la prima volta.
Ricordo che per entrambi, tu ed io, era auna sorta di momento magico perché eravamo circondati da tanti di quei maestri ai quali attingevamo per i nostri lavori.
Ti ricordo in un momento in cui eri assorbito da una discussione animatissima e, mi sembrava, appassionata con il caro Jacques Allières e l’austero (o almeno mi sembrava tale) Xavier Ravier che pontificava su non mi ricordo quale argomento. Ti ammiravo molto perché riuscivi a parlare da pari a pari con questi personaggi, senza la minima difficoltà. Loro stessi ti ascoltavano concentrati e, appunto, io mi dicevo : “Mamma mia, che bravo!”.
Io mi sentivo ad un livello molto più pedestre: non ero filologa, non ero romanista in senso proprio…mi occupavo in modo modesto di fonetica sperimentale applicata ai dialetti (per seguire il più possibile le orme di Michele) e quindi mi sentivo in un mondo straordinario al quale aspiravo.
La famiglia dell’ALiR, con tanti amici, più grandi e più piccoli di noi, ci ha sempre accolto anche negli anni seguenti, con il calore di sempre. E poi pian piano, anche noi siamo passati fra i senior e abbiamo contribuito ad
accogliere i più giovani. Ricordo un convegno a Barcellona durante il quale l’allegria si alternava a momenti di concentrazione forti, come sempre negli incontri dell’ALiR : ti ricordi quando in metropolitana cantavamo tutti (Tullio
in testa): “chi non salta Berlusconi è … è…”. Lo dicevamo forte tutti insieme… Purtroppo non è servito: Berlusconi ce lo siamo sorbito ancora per anni, ma con tutti gli amici dell’ALiR abbiamo riso tanto!
Fra i miei ricordi, come fra quelli di Michele, ci sono anche i canti: i tuoi, quando intonavi e intoni Los labradores, secondo inno dell’ALiR insieme alla polenta, ma anche i canti con il caro Gabriele… Le canzoni italiane degli anni
’60 è sempre stato un repertorio fisso … Sono sempre stata stupita della tua conoscenza di “Fatti mandare dalla mamma a prendere il latte” che neanche io so cantare per intero.
Questa capacità di passare da cose serissime a cose divertenti, molto rapidamente, cosa che ti accomuna molto a Michele, è una delle tue caratteristiche che ammiro. Mi viene in mente uno studente di Matteo Rivoira che, ascoltandoti, ha detto, anche lui perso nelle tue parole: “Ecco, io vorrei essere come lui… no… anzi… vorrei essere lui!”.
Questa frase, che mi ha fatto tanto ridere, traduce bene quello che anch’io ho provato conoscendoti.
Come avrebbero detto i ragazzi quando ero ragazza io: “Enrique mitico!”
Ed ora un grande grazie per tante cose: la tua ospitalità (e vostra, di tutta la tua bella famiglia… Jean-Pierre si ricorda di quando Emma, piccina, gli disse “Que guapo!”…e poi ci ricordiamo di Puka…), la tua accoglienza anche
nel tuo corso del 18 maggio di tanti anni fa, insieme a Gabriele, un bellissimo ricordo di giorni sereni, fino all’ultima volta, questo inverno, quando mi hai aiutato con l’introduzione in catalano alla comunicazione per Joan!
Amico carissimo, un forte abbraccio e la speranza che tu continui con l’entusiasmo di sempre a insegnarci tante cose, con la passione di sempre e il piacere di raccontare che ti conosciamo!
Elisabetta (con un pensiero affettuoso anche da Jean-Pierre)